Cher lecteur
Ce post va être long. Mais certaines histoires méritent d’être racontées. Le prénom a été changé. L’histoire, non. Et beaucoup de détails ont été omis. Pour l’essentiel. Et pour ma santé mentale.
Sophie a hérité
Il y a Sophie. Sophie a hérité. Plus de 200 000 €. Elle n’y a jamais touché.
« J’ai peur de faire des bêtises. »
Spoiler : elle en fera quand même. Mais on n’en est pas là.
Sophie croule sous les impôts. Elle ne sait pas comment elle vivra à la retraite. Sa prévision retraite lui fait peur. Tout lui fait peur. Sauf apparemment l’assureur en bas de chez elle. On y reviendra.
« Vite. Très vite. Vous n’avez plus le temps. »
Son banquier l’appelle en novembre. « Madame, ouvrez un PER avant décembre. Vite. Très vite. Vous n’avez plus le temps. »
Classique. Le banquier qui crée l’urgence. Pour vendre sans diagnostiquer.
Sophie panique. Sophie me contacte. « J’adore votre méthode. Vos témoignages LinkedIn. Je veux travailler avec vous. Mais vite. Très vite. »
Je lui dis non. Je ne prescris pas sans examiner. Je ne traite pas sans diagnostiquer.
« Nous avons le temps. Comme les Suisses. Nous allons nous précipiter doucement. »
(Elle n’a pas ri.) (Moi si. Intérieurement. Très intérieurement.)
J’aurais pu. Lui ouvrir un PER en 20 minutes. Sans poser une seule question. Comme tout le monde. J’aurais été payé. Elle aurait été contente. Pour 3 mois.
Je n’ai pas fait ça. Je suis CGP. Conseiller en Investissement Financier. Pas vendeur de PER au mètre carré. Nuance.
1h du matin. Un dimanche.
Ce qui suit. C’est elle qui me sollicite. En permanence. 1h du matin. 6h. 7h. 8h. SMS. Certains samedis. Avec mes enfants. Ma chérie. Elle appelle. 21h. 22h. Appels. Messages. Mails. Sans s’arrêter. Sans se demander si c’est l’heure.
Je suis CGP. Conseiller en Investissement Financier. Pas permanence téléphonique. Ni support psychologique 24h/24. Nuance.
On se voit. 6 fois. En quelques jours. J’apprends à la connaître. Je pose le diagnostic. Je structure.
Tous les leviers activés. Revenus à la retraite optimisés. Imposition réduite. Stratégie complète.
25 heures de travail. Ce que son banquier n’avait jamais fait. Ce que personne n’avait jamais fait. Et gratuitement en plus. Je sais. On en reparlera.
L’ordinateur de 10 ans
« Il ne fonctionne plus très bien. Je n’accède plus à mes données. »
Il a quel âge ? « Presque 10 ans. » Et sur vos comptes courants ? « 200 000 €. »
(…) Sacrée épargne de précaution. À quoi peuvent-ils bien servir alors ? Réparer un ordinateur peut-être ? Ou en acheter un nouveau ? Je pose la question. Timidement.
Je prends quand même la main à distance. Je suis CGP. Conseiller en Investissement Financier. Pas support informatique à distance. Mais bon.
Elle ne m’écoute pas. Elle s’énerve. Elle pleure. « Achetez un ordinateur ou demandez conseil à votre Apple Store. C’est leur métier. Pas le mien. » « Non non. Je connais un petit jeune. »
Le petit jeune. Pour un prix qu’elle ne connaît pas encore. Pendant qu’Apple aurait réglé ça en une heure.
200 000 € à 0 % depuis 10 ans. Un ordinateur de 10 ans qui plante. Un petit jeune au prix mystère. C’est cohérent. (Classique.)
15 jours plus tard. MacBook Pro. Toutes les options. Pour lire ses mails. Et aller sur Internet… Hum… (Je ne dis rien. Je suis CGP. Pas conseiller informatique.)
Les finfluenceurs
Je la vois réagir aux posts de confrères sur LinkedIn. Après son banquier. Après ma première consultation.
« Je me renseigne. Je comprends mieux. »
Je souriais. Très intérieurement. Les mêmes confrères qui font exactement ce que son banquier avait fait. Mais avec une meilleure intro musicale sur leurs vidéos. Et des dents plus blanches.
Jeudi 12 décembre, 22h45
Sophie n’a qu’un seul créneau. 21h. Mon jeudi soir. « C’est le seul moment où je suis disponible. » J’aurais préféré être ailleurs. Ma conscience professionnelle a dit oui. Erreur.
On ne refait pas les erreurs. On les raconte. Sur LinkedIn. Le dimanche matin.
Alors j’explique. La stratégie complète. Tous les véhicules d’investissement. Tout ce sur quoi on avait travaillé.
22h45.
« Au fait… J’ai ouvert un PER hier après-midi… Chez l’assureur en bas de chez moi. En rentrant du travail. Fallait que je le fasse. Je sais que j’ai fait une connerie. »
(…)
« Je n’avais pas d’autre disponibilité. » Qu’elle me disait… Sauf hier après-midi. Pour l’assureur en bas de chez elle. Pendant qu’elle me réservait son seul créneau. MON jeudi soir.
La peur. Celle que son banquier avait plantée en novembre. « Vite. Très vite. Vous n’avez plus le temps. » Il avait gagné. Même absent. Remplacé par un inconnu au coin de la rue. Sur 5 UC dont je ne prédis pas un super avenir.
Beau travail. Vraiment.
« Il me faut du temps. »
On ouvre quand même un PER. Le minimum. La somme conseillée était déjà partie ailleurs. Elle doit faire le transfert. J’ai même préparé son courrier. (Je ne le ferai plus.)
Elle n’a pas envoyé. « Oui oui. Il me faut du temps. »
Son argent dort depuis 10 ans. « Il me faut du temps. »
(Je vous laisse savourer.) (Prenez votre temps.) (Comme Sophie.)
Ma chérie. Elle m’a manqué ce soir-là.
+12 % qu’elle n’a jamais touchés
Fin janvier. Après de multiples prises de nouvelles, je lui dis : « Ce sera peut-être mieux pour vous d’aller voir ailleurs. Pour vous. Et pour moi. »
Elle répond. « Je pense à vous. Faut que je m’en occupe. » Elle le dit plusieurs fois. Son boulot. Son stress. De n’avoir rien fait depuis 10 ans. Elle pleure… Elle s’excuse à nouveau…
Tout l’empêche de faire. Sauf acheter un MacBook Pro toutes options. Ça. Elle avait trouvé le temps. (Évidemment.)
Aujourd’hui : 900 €. Fonds euros d’attente. Qui dort. Le portefeuille qu’on avait identifié ensemble ? +12 % sur la période.
Sophie n’en a pas profité. Pas un centime. Je ne dis rien. Je regarde les chiffres. Et je tourne la page. J’avais tellement envie de l’aider à atteindre ses objectifs. On ne m’avait jamais mis en colère comme ça. Jamais.
Ce que ça m’a appris
Bon. Disons que ça m’a appris quelque chose. Je réfléchis sérieusement à facturer des honoraires. Parce que le temps a une valeur. Même quand la consultation est offerte. Surtout quand elle est offerte. À 1h du matin. Un dimanche. Avec mes enfants. Et ma chérie.
Sophie, je ne t’en veux pas. Vraiment. Tu es le produit d’un système qui t’a appris à avoir peur. De décider. De choisir. De faire confiance.
Surtout quand des dizaines de finfluenceurs t’expliquent tout. En 60 secondes. Avec des graphiques. Et un lien en bio. Et des dents très blanches.
Quand l’information est partout, elle ne vaut plus rien. Quand tout le monde conseille, personne ne diagnostique.
« Ce n’est pas ta faute de ne pas savoir trier. C’est le bruit qui t’a rendue sourde. À ceux qui méritaient d’être entendus. »
La morale
Le médecin pose le diagnostic. Il prend le temps. Il résiste à la précipitation. Il sacrifie ses jeudis soir. Et ses dimanches. Et sa chérie. Après, vous suivez la prescription. Ou pas. Mais alors, arrêtez de vous plaindre.
Nous ne sommes pas là pour changer les gens. Juste pour les accompagner. Quand ils le souhaitent vraiment.
Sophie, si tu lis ceci : il n’est pas trop tard. Mais je ne cours plus. N’hésite pas à transférer ton PER. J’ai un confrère sinon.
👇 Vous êtes Sophie ? Vous connaissez Sophie ?
(Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce post n’est pas un conseil en investissement.)
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