Succession des actifs numériques : un héritage invisible sans anticipation
Quand on parle succession, on pense immédiatement à la maison familiale, au compte bancaire, à l’assurance-vie.
Mais depuis quelques années, une nouvelle catégorie d’actifs est apparue : les actifs numériques.
Cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, etc.)
NFT (œuvres numériques, titres de propriété digitalisés)
Comptes en ligne valorisés (chaîne YouTube monétisée, compte Instagram avec partenariats, portefeuille de jeux en ligne, etc.)
Et la question est simple : que deviennent ces biens au décès de leur détenteur ?
Le droit : tout est transmissible… en théorie
En France, le Code civil prévoit que la succession couvre l’ensemble du patrimoine du défunt.
Donc juridiquement, oui : vos cryptos, NFT et comptes numériques font partie de l’héritage.
Mais en pratique, deux obstacles majeurs apparaissent :
La confidentialité : si le notaire n’a aucune trace de ces biens, ils restent invisibles.
La technique : sans identifiants, clés privées, wallets ou mots de passe, l’héritier ne pourra jamais en prendre possession.
Résultat : des millions d’euros de cryptos sont perdus chaque année faute d’organisation.
Les difficultés concrètes
Un wallet de cryptomonnaies sans clé privée est inaccessible, même pour un héritier légal.
Un compte Instagram de 200 000 abonnés peut générer des revenus, mais il reste lié à un contrat d’utilisation personnel, rendant la transmission complexe.
Une bibliothèque musicale ou de jeux en ligne achetée sur une plateforme n’est pas juridiquement possédée mais simplement licenciée, donc non transmissible.
Le patrimoine numérique est donc un mélange :
d’actifs transmissibles (cryptos, NFT, certains droits d’auteur)
et de biens intransmissibles (comptes sous licence).
Comment organiser la transmission de ses actifs numériques ?
Les solutions existent, mais elles sont encore trop méconnues.
Prévoir l’accès technique
Conserver ses clés privées, identifiants et codes dans un support sécurisé (coffre-fort numérique, notaire, etc.).
Définir clairement les modalités d’accès.
Adapter son testament
Mentionner explicitement l’existence d’actifs numériques.
Désigner les héritiers concernés.
Prévoir une clause d’attribution spécifique.
Mettre en place un mandat posthume
Confier à une personne de confiance la gestion de certains actifs numériques après le décès.
Cela permet d’assurer une continuité, par exemple pour une chaîne YouTube ou un portefeuille crypto actif.
S’entourer des bons professionnels
Le notaire seul n’est pas toujours suffisant.
Pour les successions transfrontalières ou les patrimoines numériques importants, associer un avocat spécialisé et un conseiller patrimonial apporte une réelle sécurité.
Pourquoi agir maintenant ?
Parce que l’absence d’organisation peut faire perdre beaucoup :
Une valeur financière réelle (cryptos, NFT)
Une valeur affective (photos, contenus, souvenirs)
Une source de revenus (chaîne ou compte monétisé)
Anticiper, c’est protéger.
Et jeudi prochain : l’expérience concrète
Cette réflexion juridique s’inscrit dans une démarche plus large.
Jeudi, dans le prochain numéro de « Comprendre pour agir » consacré à la finance, je partagerai mon propre test de 2 500 euros en cryptos, avec un suivi régulier et transparent.